Yves Klein, le saut dans le vide

“Maman, l’amour, c’est bleu l’amour?” Léo et ses questions merveilleuses…
Mon fils chéri, je n’ai pas réussi à te répondre sur le coup. Alors plus tard, tu liras ces quelques lignes. Elles sont pour toi. Elles sont pour toi. Aussi. Elles sont pour vous. Bien sur.

Si l’on revient à ce que dit Klein, le bleu lui fait penser à des choses infinies. La mer, le ciel… Alors, par extension il en fait la couleur de notre sensibilité. Il dit que nous envoyons des hommes sur la lune, conquérir l’infini de l’univers mais que nous oublions toujours de conquérir cet espace intérieur. Ce qu’on a dans le ventre, dans le cœur. Et si nous partions conquérir notre sensibilité?! cet autre infini, qui est en nous?
Klein nous place devant ses monochromes. Il dit “je vois les traits de pinceaux comme autant de barreaux de prison.” Ces monochromes comme surface de libération, sont plus hauts qu’un homme et plus larges que ses bras ouverts pour que chacun puisse à partir d’une surface fermée faire l’expérience d’un infini. tu me suis? Son fameux bleu, le IKB, International Klein Blue est un bleu outremer qu’il a réussi a agglomérer sans trace de médium. Car d’habitude si tu mélanges ce bleu à n’importe quel médium, il perd automatiquement sa superbe. Il se jaunit à l’huile, se blanchit à la gouache, se fonce à l’eau, comme un cailloux que l’on mouille.
Entre le rien et le sublime, il n’y a qu’un pas. Notre regard. Notre envie. tu verras, toi aussi tu seras happé, hypnotisé. Electrisé.
Alors l’amour oui, en ce sens Léo, ça peut être bleu.

Et puis tu sais, le bleu c’est aussi la couleur de la déprime, des états d’âme “damn, i’m feeling Blue”, c’est la couleur de la trouille. Ce puit sans fond que l’on fait mine de ne pas voir. que l’on occulte. Sans même s’en rendre compte.
Encore une fois, ça colle pas mal.

Kandinsky lui, c’est le premier a avoir étudié la sensorialité des couleurs, ce qui, au delà des symbolismes particuliers à chaque culture, peut être partagé universellement, factuellement par chacun. Donc si on se met devant un grand mur bleu, ou devant un Klein, ce qu’on sentira c’est un dynamisme exacerbé, avec un double mouvement, qui part au loin et en même temps rentre en lui même (le jaune au contraire va rayonner et venir t’ attraper l’œil). Alors il y a quelque chose de contemplatif, quelque chose qui nous emmène, nous emporte, peut faire peur aussi. Encore. Oui l’amour serait encore bleu mon garçon.

Et puis enfin, le bleu c’est la couleur de khrishna et de l’érotisme en Inde. C’est un bleu profond mais presque fluo. Hyper excitant. Cette valeur énergétique est reprise en chromathérapie et en hypnose. C’est une couleur énergisante, ressourçante, qui te rend invincible, crée un bouclier de confiance, comme une brume épaisse faite d’infinie gouttelettes bleues. Douces et bienveillantes.

L’amour, c’est bleu?
Le bleu c’est tout ça en tout cas. Et le Klein, j’en fais mon spotted #39. allez zouh!

Alors en plus de l’Amour est Bleu de Vicky Leandros, que je trouve un peu pourri (on t’apprend n’importe quoi à l’école), tu iras écouter la chanson de Toyface, Flight, que j’ai mise sur une vidéo avec ta sœur au printemps. Car je viens de m’en rendre compte, elle commence comme ça : Let’s fly // Terrify // Over this bewildring sea… toi aussi mon garçon, je te souhaite un jour de voler aux dessus des mers. d’avoir peur mais d’y aller tout de même.

Que vive le bleu. Et un océan d’amour pour tous.